Les mystères d'Elesis

Les mystères d'Elesis, un petit village carrefour des multi-mondes.
 
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 L'arbre de mai

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Janosh
Prophète Barbare
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Date d'inscription : 02/11/2007
Localisation : Partout où Elesis m'appelle...

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MessageSujet: L'arbre de mai   Dim 30 Déc - 19:53

{Janosh n'avait pas bien réussi (doux euphémisme) dans ses études druidiques, mais les légendes étaient sa matière préférée... Il suffisait qu'un barde entame une histoire, pour que toute son attention soit captivée, et les arbres étaient parmi les choses les plus sacrées de son univers.
Ceci est une histoire qu'un vieux barde lui a racontée, dans sa prime jeunesse...}


La dryade, ou l'arbre de mai



Depuis des temps immémoriaux, les bois sauvages de la haute source, passaient pour un étrange endroit, gardé par les esprits des arbres. Les arbres tricentenaires y hissaient leur haute futaie vers la calme lumière lunaire, alors qu'à l'abri des regards indiscrets et de la convoitise le plus vieil arbre tordait son bois, blanchi par les ans, vers le sol. Ses lourdes branches formaient une couronne qui semblait rejoindre ses noueuses racines. La couronne souterraine et celle aérienne retenaient ainsi l'arbre enchanteur en un cercle magique. Ce vénérable ancêtre n'était autre que l'âme végétale d'une timide enfant des arbres.

Les saisons s'écoulaient sans grand changement dans ces bois et le coeur de l'arbre se laissait porter par les chaudes journées, ou s'engourdissait sous les nuits glaciales. Nulle menace ne venait jamais troubler les murmures forestiers, et même les grands cerfs n'osaient se défier devant le vieil arbre, tant sa ramure obligeait les orgueilleuses bêtes à courber le front. Le coeur trop serein la dryade ignorait ce qui emplissait le coeur des animaux, son regard gardait la profondeur d'un étang calme, et ses courses tranquilles sous les dômes verts et dans les ruisseaux lui laissaient à peine la vague nostalgie d'une absence inconnue. Cette impression ne l'avait pas plutôt effleurée que déjà les jeux de la lumière dans cette myriade de verts, miroitants et fuyants, emportait son âme à l'abri des questions.

Sans doute que ces bois secrets et lointains auraient pu abriter encore longtemps leur secret, mais loin d'eux et depuis longtemps une menace grandissait. De petits êtres fragiles et ridicules s'étaient par endroit imposés à la terre et avaient dompté une nature trop confiante en sa force et en sa majesté. La terre-mère se voyait éventrée, torturée, domestiquée comme un simple outil par des êtres sans respect pour ses dons et pour ses autres enfants. Les enfants de la nature fuyaient lorsqu'ils le pouvaient loin de ces carnages, mais les arbres mourraient.

Comme une lèpre laide leur monde s'étalait et s'étendait faisant apparaître de vilaines trouées dans les tons de velours des végétaux. Des chemins de poussière, des villages de boues et d'herbes mortes, des camps assassins venaient détruire une nature toujours plus frileuse. C'est ainsi qu'en cette année, dans la lointaine forêt, un bûcheron vint planter sa cognée.

Loin, au début, du vieil arbre, il balançait infatigable sa hache, et les hauts arbres dans un gémissement glacé s'effondraient foudroyés par ce bipède insignifiant. Or il advint qu'un soir le vent porta jusqu'à la dryade l'agonie de l'un des géant. Une interrogation anxieuse apparue dans le regard vert de l'enfant végétal et celle-ci partit à la rencontre de son destin. Devant tant d'amers cadavres ses yeux se voilaient d'une brume d'hiver, une question muette glissait son ombre douloureuse au fond de ses yeux et son âme s'effrayait de ce qu'elle ne pouvait même imaginer.
Elle cherchait partout la cause de ce sinistre spectacle et ne la trouvait point. Au bout d'un long moment elle se résolut à demander de l'aide à l'étranger qu'elle voyait s'ébattre dans l'eau en ce clair matin. Ce surprenant hôte de la forêt ne semblait pas bien dangereux et chose étonnante elle eu beau s'en approcher et le héler, il ne semblait pas la remarquer. Elle alla jusqu'au bord de l'eau et perchée sur la roche plate en surplomb, elle s'amusa à asperger l'humain, puisque c'en était un. Lui, ne la voyant pas trouvait le ruisseau bien capricieux dans ses éclaboussures, mais sûr de lui il n'en prit point ombrage. Heureux de ces instants de détente dans sa vie difficile, son visage ne reflétait que la joie du moment. Et de ce sourire lumineux et presque juvénile il enveloppa le coeur de l'innocente dryade. Celle-ci l'observant toute la journée vit son coeur bondir d'une frayeur atavique devant le feu de son camp, mais les branches mortes qui l'alimentaient n'avaient rien à voir avec les géants verts gisants au travers des sentes et rien ne vint ternir la lumière de cette journée. L'enfant verte essayait toujours d'attirer l'attention de l'homme qui trouvait la brise bien capricieuse dans cette forêt. Comment aurait-elle pu savoir que pour les hommes qui avaient quitté le giron de la Terre-mère les esprits de la nature n'étaient plus visibles. Comment aurait-il pu savoir qu'il était le premier de ses semblables que rencontrait l'enfant des arbres.

La soirée se passa sous les étoiles et les lueurs du feu adoucissaient le regard un peu fauve du bûcheron. Avant l'aube elle le quitta pour retourner à son arbre, dont elle se sentait soudain trop loin. Mais au matin les cris déchirants du supplice des arbres reprirent, affolant le coeur de l'enfant végétale. Vive et légère comme feuille au vent elle rejoignit le lieu du désastre et comble du désarroi reconnut dans le bûcheron l'homme qu'elle avait si tard veillé. Ce ne pouvait être, il ne pouvait faire cela, il avait du perdre la raison... La dryade voyant la hache levée se précipita pour protéger l'arbre et toujours invisible pour le bûcheron reçut en plein la cognée. Effondrée au pied de l'arbre elle assista impuissante à sa chute. Lentement, perdant sa sève comme une trace fragile de son passage, elle retourna vers l'arbre vénérable. Mais celui-ci portait la même trace en travers de son large tronc et perdait aussi sa vie dans cette coulée d'ambre vert. Les feuilles se teintaient d'un pourpre ensanglanté, et l'arbre et sa dryade dépérissaient. L'enfant verte aurait pu soigner l'arbre mais son âme était brisée et son coeur saignait plus que sa plaie. Ainsi l'âme de la dryade que l'arbre incarnait se mourrait aussi sûrement que sous les coups violents d'une hache, nul besoin d'acier, de lame et de fer pour trancher à vif et douloureusement dans l'élan vital de cet être naturel. Le bois blanc de l'arbre avait noirci autour de la plaie, des veines d'un rouge sombre le striaient et à l'intérieur les larmes de sang de la dryade devenaient pierres.

Le bûcheron intrigué avait suivi les traces de sève et découvert l'arbre vénérable. Son coeur n'était pas mauvais et la majesté de l'arbre le touchait. Mais ce qui le surprenait le plus était de le voir dépérir sans cause apparente. Ce coup terrible en travers du tronc d'où venait-il? L'homme se savait seul dans cette forêt et la marque violente était récente ... mais pas suffisante pour expliquer l'agonie de l'arbre. S'approchant il posa sa main sur l'écorce tiède sans savoir que la dryade se mourait prisonnière de son arbre. Sa tristesse et sa douleur l'avait enfermée au coeur de l'aubier qu'elle ne pouvait maintenant plus quitter. Une dernière larme d'un vert translucide glissa de l'intérieur de l'arbre lorsque le bois desséché se fendit. Petite perle de sève, dure comme quartz, elle capta la lumière et le regard du bûcheron, qui la ramassa et l'emporta.

*** ***

Bien loin de l'antique forêt, le bûcheron avait sa cabane et d'humeur joyeuse à son retour il offrit la perle verte à sa fille. Celle-ci longtemps la porta, mais à la veille de ses noces comme prise d'un pressentiment, elle décida d'offrir à la terre la pierre qui avait veillé sur son enfance. Puis oublieuse elle vécut son insouciante vie humaine, fondant une famille, et laissant ses courtes années lui voler sa jeunesse.

Le bûcheron encore vert lors qu'il devint grand-père d'une douce enfant, s'étonna au printemps de voir en son jardin une pousse inconnue. Las de toujours se battre avec la nature, il laissa se développer ce rameau. Les ans passant et sa chevelure blanchie, il regardait avec étonnement apparaître un arbre dont les branches semblaient former une couronne déjà majestueuse. Ce bois si clair lui rappelait un souvenir devenu doux avec le temps.

Et chaque printemps sa petite fille venait danser autour de l'arbre, entraînant dans ses joyeuses figures les fillettes du village. Devenue jeune fille, elle continua ses rondes, entourant au mois de mai l'arbre de guirlandes de fleurs. Dans son regard calme, le vieux bûcheron retrouvait les yeux verts de l'enfant des arbres. Celle dont il avait rêvé la nuit où la dryade l'avait bercé.

*** ***


L'arbre de mai devenu arbre vénérable, continua de longs siècles à accueillir les danses et les fêtes du printemps et dans ce village, la jeune fille aux yeux les plus verts, est toujours consacrée „enfant de l'arbre“ sans que personne ne se souvienne de la petite fille du bûcheron qui avait grandit avec lui.

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